Petites chroniques du Tour (9) – « Depuis que Lance est en jaune, je suis en rupture de stock »

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lance8QUE DIT-ON de Lance, en ce bon pays de France ? On dit que « depuis qu’il est en jaune, je suis en rupture de stock, Monsieur ». C’est Gianni Marcarini qui le dit. On voulait lui acheter un petit soldat de plomb, un soldat du Tour de France, un coureur cycliste. Pas n’importe lequel : le plus beau, le meilleur, le maillot jaune, le Lance Armstrong.

Il y a quelques poignées d’années, comme l’on aurait été fier avec cette figurine, toute de jaune vêtue ! Sur les plages des colonies de vacances, tandis qu’au loin passait le vrai, le grand, les enfants, aussi, jouaient au Tour de France. Sur le sable, ils dessinaient un parcours en forme de vague hexagone, avec des monts en miniature, et des vallées, et des plaines, et des collines. C’était à qui, d’une pichenette, enverrait sa bille le plus loin.

Et pas question, comme Lance le 14 juillet sur la route de Gap, de ne pas respecter scrupuleusement le parcours, de couper à travers champs. Si la bille sortait du tracé, la sanction était immédiate : retour au point de départ. Pour s’y retrouver et faire plus vrai, chacun déposait à côté de sa petite sphère de terre ou de cristal une figurine de plomb. Un coureur du Tour de France. Sur le poitrail et le dos, les peintures aux couleurs de Peugeot, Mercier et Lejeune s’écaillaient trop vite. Pas grave : c’était vraiment trop bien, les Tours de France sur les plages des colonies de vacances. Alors, quand Gianni Marcarini a déployé sa petite échoppe de toile et de bois, une fin d’après-midi, au bout d’une ligne droite d’arrivée, on s’est précipité. Bon, elles ne sont plus tout à fait en plomb, les figurines, depuis qu’on les fait en plastique. Mais qu’importe. On voulait Lance et toute l’équipe de la Postal, presque à tout prix.

Voilà maintenant vingt ans que Gianni Marcarini, fils de Bergame, « comme Gimondi », ancien coéquipier de Raymond Poulidor chez Mercier, vend ses petits coureurs sur les routes du Tour. Au début de celui du centenaire, c’est d’abord la figurine de Petacchi dont il a vendu « une montagne », ce qui est un comble.

Au gré de leurs exploits, les petits soldats de plomb représentant Virenque ou ceux de l’équipe Brioches La Boulangère ont, eux aussi, connu leur heure de gloire. Jusqu’à ce que Lance endosse le maillot jaune. Et depuis, las, « je suis en rupture de stock, monsieur », regrette Gianni Marcarini. Voilà ce que l’on dit, ce que l’on dit de Lance, en ce bon pays de France. (Publié dans Le Monde du 17 juillet 2003)

Olivier Zilbertin


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