Nettoyer la glace

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(article paru dans Le Monde du 13 décembre 2004)

Olivier Zilbertin

LE PREMIER VOEU de Norbert Tourne ne sera pas exaucé. Le nouveau président de la Fédération française dessports de glace (FFSG), élu il y a six mois, voulait que sa fédération « quitte la rubrique des faits divers pour retrouver sa place naturelle dans celle des faits d’hiver ». « L’un des premiers objectifs de la nouvelle équipe dirigeante, avait-il expliqué, le 24 novembre, à l’occasion de sa première conférence de presse depuis son élection, sera de redorer notre image, ici et à l’international. »

Rude tâche, en vérité. Entre un ancien président, Bernard Goy, ayant laissé en 1998 la maison en cessation de paiement avec un déficit de plus de 8 millions d’euros mais continuant de toucher des honoraires somptuaires, un rapport salé de la Cour des comptes, un scandale lié à l’arbitrage aux Jeux de Salt Lake City, en 2002, et un administrateur judiciaire qui s’est fait payer des charges indues, la FFSG traîne en effet depuis quelques années des batteries de casseroles.

On ne s’en dépêtre pas comme cela. Surtout qu’il faut y ajouter une situation économique plus qu’alarmante : l’exercice 2003 s’est soldé par une perte d’environ 1 million d’euros, et il fut un temps question de vendre le siège fédéral pour se donner un peu d’air. Impasse budgétaire doublée d’une fronde politique qui a coûté, au printemps, la présidence au controversé Didier Gailhaguet.

Son successeur, Norbert Tourne, 55 ans, cadre commercial dans l’industrie alimentaire, président depuis vingt ans de la ligue d’Ile- de-France, s’est notamment fait connaître pour être devenu le porte-voix de la contestation de l’ancien système. Il s’est fait élire en promettant de « rendre sa crédibilité à la FFSG et l’assainir par une transparence financière totale ». D’entrée, il a oeuvré pour donner aux différentes disciplines qui composent la fédération « une large autonomie de gestion politique et financière » qu’elles réclamaient en vain de longue date, le hockey sur glace en particulier.

Des économies ont été réalisées dans de nombreux domaines, afin de réaffecter des moyens pour le haut niveau, des engagements ont été pris noir sur blanc pour « rendre moins discutables les sélections et l’attribution des aides », selon le directeur technique national (DTN), Patrick Ranvier.

EURO 2006 À LYON

A l’inverse, l’organisation des championnats d’Europe de patinage artistique de 2006, confiée à la France par l’Union internationale de patinage, est de nouveau à l’ordre du jour. Un moment incertain, en raison des turbulences économiques et politiques traversées par la FFSG, l’Euro 2006, prévu quinze jours avant les Jeux olympiques de Turin, aura bien lieu en France, à Lyon.

C’est là que les bonnes résolutions de Norbert Tourne s’effritent quelque peu. Dans le dossier Euro 2006 réapparaissent en effet l’ombre et le nom de Bernard Goy. La société PHA, chargée par la FFSG de l’organisation des championnats d’Europe, l’a recruté comme consultant. « Mais il ne sera aucunement concerné par le financement de l’opération », a assuré Claude Michy, le patron de PHA. Compte tenu de délais un peu courts et du fait que la société PHA intervient habituellement dans l’univers de la moto et non dans celui de la glace, le carnet d’adresse et l’expérience de Bernard Goy ont semblé indispensables au prestataire pour mener à bien sa mission.

« Mais est-il bien normal que celui-là même qui a conduit la fédération à un tel état de délabrement puisse encore se faire de l’argent avec les championnats d’Europe ? », s’est interrogé l’ancien patineur Philippe Candeloro lors de la conférence du 24 novembre.

Norbert Tourne s’en est expliqué et consacre au sujet un dossier dans la prochaine lettre fédérale. Il n’en a cependant pas fini avec les questions délicates et les sujets brûlants. Le bureau exécutif de la FFSG a en effet décidé de ne pas encaisser un chèque de 45 000 euros signé de l’administrateur judiciaire, et de le retourner à son expéditeur. Cette somme était pourtant censée rembourser tout ou partie des indemnités irrégulièrement perçues par la commissaire à l’exécution du plan de redressement auquel est soumise la FFSG depuis 1998, Me Michèle Lebossé-Peluchonneau ( Le Monde du 27 mai). Nommée mandataire ad hoc en avril 2004, Me Lebossé-Peluchonneau a demandé à ne pas être reconduite dans cette mission à la fin de l’année.

Toutes les difficultés n’en seront pas aplanies pour autant. A l’heure où le sport aurait pu reprendre ses droits, avec les championnats de France de patinage artistique qui se disputent depuis vendredi 10 décembre à Rennes, Norbert Tourne pourrait en effet être rapidement confronté à une autre complication : Marc Faujanet, le président du conseil fédéral – structure de contrôle de la fédération – et président intérimaire de la FFSG au printemps, a démissionné cette semaine, pour raisons professionnelles. La succession est ouverte, et quelques querelles de familles pourraient bien surgir de nouveau.


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