L’été de star de BRICE GUYART

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PHOTO Chrisotphe Guibbaud/Vandystadt/ALLSPORT(Article paru dans Le Monde du lundi 3 janvier 2005, dans la série  » L’or a-t-il changé leur vie »)

Le champion olympique de fleuret a su apprécier sa soudaine notoriété avant de revenir à « une vie plus cadrée »

SOUS LA VERRIÈRE de la salle d’armes, le cliquetis des fers qui se croisent a repris sa lancinante complainte métallique. Une pâle lumière d’hiver s’insinue obliquement par le vitrage et lustre l’acier bleuté des bouquets de fleurets. Peu à peu, les échos olympiques se sont éloignés, jusqu’à se taire presque, et, pour les escrimeurs, l’entraînement a repris son cours à l’Institut national des sports et de l’éducation physique (Insep). Comme avant.

En ce jour de décembre, c’est aux fleurettistes d’occuper une partie du bâtiment de brique rouge réservé à l’escrime. Au menu du jour : échauffement ; puis assauts par équipes de trois, sous l’oeil de Stéphane Marcelin, le nouvel entraîneur national. Discrètement, Patrice Menon, l’entraîneur du titre olympique par équipes de Sydney, en 2000, a en effet passé la main.

Sur la piste, Brice Guyart s’escrime avec sa générosité coutumière. « Il n’a pas changé, note Stéphane Marcelin. Il est content de se retrouver ici. Il est content que les autres continuent à se comporter comme avant avec lui. Il veut garder ça, il ne souhaite pas que son statut change. Après toutes les sollicitations post-olympiques, je devine qu’il était pressé de reprendre. Il lui tardait de bouger. » « J’avais hâte de revenir à une vie plus cadrée, confirme le champion olympique. Cela m’a fait du bien de recommencer l’entraînement et les cours. »

C’est que, à l’image de la plupart des autres médaillés d’or français d’Athènes, Brice Guyart (23 ans) a été emporté dans une folle sarabande de sollicitations, sitôt acquise sa victoire olympique.

Le fleurettiste est resté dans la capitale grecque après en avoir terminé avec les compétitions, afin d’assister à d’autres épreuves. On l’a vu dans les tribunes du handball, dans les travées du stade d’athlétisme. Puis il s’est accordé quelques jours de vacances à Biarritz. Mais sa notoriété toute neuve a eu tôt fait de le rattraper. Il lui a alors fallu enchaîner les plateaux de télévision, les interviews, les interventions.

Il s’est multiplié : il a participé au « Maillon faible », on l’a vu chez Laurent Ruquier, sur Canal+. « Des émissions que je n’ai pas forcément l’habitude de regarder, mais où je me suis bien amusé… », dit-il.

Il est monté à la tribune lors de séminaires d’entreprise. Dans des colloques, il est revenu sur ses méthodes de préparation et d’entraînement. Il est intervenu chez Roche avec le double champion olympique de canoë-kayak Tony Estanguet. Il a parlé chez Atos Origin, le prestataire informatique partenaire du CIO (Comité international olympique) et des Jeux. En compagnie de l’épéiste Maureen Nisima, deux fois médaillée de bronze à Athènes (en individuel et par équipes), et de Pascal Gentil, le double médaillé olympique de taekwondo, il a participé au Rando Raid, organisé par un opérateur de téléphonie mobile.

Avec toujours le même enthousiasme, il s’est rendu aux réceptions : dans la salle de ses débuts, au Vésinet (Yvelines), dans son club d’aujourd’hui, le PUC (Paris Université Club). Le tout l’oreille quasiment en permanence collée au téléphone portable. « Tout cela était nouveau pour moi, et ce n’était pas toujours facile à gérer », souffle le fleurettiste tricolore. Du coup, il lui a fallu s’adjoindre les services d’une petite structure, destinée à l’épauler dans ces démarches et à le seconder dans sa recherche de sponsors. Et si, inévitablement, le champion a dû « refuser quelques trucs », il a surtout mordu à pleines dents dans les fruits de cette notoriété inhabituelle pour un sport qui d’ordinaire ne paie pas.

Brice Guyart le sait bien : quatre ans plus tôt, à Sydney, il avait déjà été sacré champion olympique, avec l’équipe de France de fleuret. L’impact, alors, avait été nettement moindre : « Cela avait rencontré un certain écho mais surtout dans l’univers du sport, et évidemment en particulier dans le monde de l’escrime, se souvient le Parisien. Cette fois, la portée a largement dépassé le cadre sportif. » Pour preuve, aux premiers jours de ses vacances biarrottes, ce surfeur venu le saluer et lui dire combien les images d’Athènes lui avaient donné envie de s’essayer, lui aussi, à l’escrime. Ou encore ces regards, ces sourires, ces mots de sympathie chaque jour ou presque, dans le métro, quand le champion olympique rejoint les bancs de l’Institut supérieur de technologie (IST), à l’université de Paris-Jussieu.

« Cela fait bizarre au début », s’étonne encore Brice Guyart, surpris aussi que les gens aient si bien retenu son visage et son nom, son sport et son arme.

Lors du week-end d’intégration de l’IST, le jeune homme a senti que certains étudiants, intimidés sans doute, n’osaient pas s’approcher ni lui adresser la parole. Alors, c’est lui qui a pris le micro et qui s’est exprimé : « Cela ne me gêne pas que vous veniez me voir, a-t-il dit. Au contraire, je suis fier et heureux de pouvoir en parler avec vous. » Dans tous les cas ravi que ce coup de projecteur ait pu aussi inspirer de nouvelles et nombreuses vocations.

Avant de reprendre pour de bon son double chemin vers l’entraînement et vers les études, Brice Guyart s’est encore prêté à une ultime obligation : début octobre, l’Année de la France en Chine s’est ouverte sur une démonstration d’escrime. Il y eut des drapeaux tricolores sur la place Tiananmen, une exposition d’oeuvres impressionnistes, une fausse station de métro et un vrai concert géant de Jean-Michel Jarre. Il y eut aussi, comme un autre grand symbole national, au bout de leur épée et de leur fleuret, Laura Flessel et Brice Guyart.

Et puis, enfin, il a fallu se dire que ce « n’est pas sur les plateaux de télé que se préparerait la saison ». Fin octobre, Brice Guyart a donc repris le chemin de la salle d’armes et de la compétition.

Sans entraînement, il a disputé le tournoi de Valence, comptant pour le circuit national. Il a terminé troisième et, faute de préparation, s’est blessé (petite tendinite au genou droit). Le 11 décembre, loin des fastes olympiques, dans la froideur d’un stade Pierre-de-Coubertin aux tribunes dégarnies, il s’est également classé troisième des championnats de France individuels.

Chaque fois, les autres tireurs sont venus le voir, le féliciter, lui parler. Du coup, « j’ai signé plus d’autographes que je n’ai marqué de touches », s’amuse Brice Guyart. Il vise désormais un nouvel objectif : remporter un titre mondial individuel. Le seul qui fasse encore défaut à son palmarès. Puis défendre sa couronne olympique à Pékin, dans quatre ans. Brice aura alors 27 ans, l’âge de la maturité pour un escrimeur.

OLIVIER ZILBERTIN


In : Escrime, Sports

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