Le modèle gratuit est-il dans l’impasse ?

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Par OLIVIER ZILBERTIN

(article publié dans le Monde Interactif du 20 septembre 2000)

Il y eut d’abord le contenu. De l’info à discrétion, à profusion, il n’y avait qu’à se servir. Puis l’abonnement au fournisseur d’accès, hier fort coûteux, depuis totalement exonéré. Il y eut enfin les communications téléphoniques, ultime, et durable croyait-on, bastion de la dîme obligée. Passées, elles aussi, à titre gracieux. Pas complètement, certes, parcimonieusement, avec des nuances.

Mais la tendance était là, grosso modo : au fil du temps, Internet ne cessait de témoigner son très fort penchant pour tout ce qui était gratuit. La question du désormais célèbre « modèle économique » n’étant pas définitivement tranchée, il est probable que le gratuit a d’ailleurs encore quelques beaux jours devant lui.

Il n’empêche que l’édifice commence à laisser paraître certaines lézardes. Et quelques acteurs d’Internet, plus ou moins discrètement, opèrent un repli stratégique. En France, c’est, par exemple, Freesurf qui est obligé de limiter l’accès à son forfait illimité. En Grande-Bretagne, AltaVista renonce à son offre de connexion gratuite, pourtant annoncée de longue date. Toujours de l’autre côté de la Manche, CallNet devrait revenir à un système de communications payantes, tout comme Breathe et LineOne, tandis que Virgin Net préfère remettre à une date ultérieure son offre d’Internet téléphone compris. Il est vrai que l’ardoise de 600 millions de francs du fournisseur Freeserve rafraîchit bien des ardeurs. A commencer évidemment par celles des investisseurs. « Les analystes, précise Bernard Spitz, maître de conférences en économie des médias à l’Institut d’études politiques de Paris, ont compris que, si le modèle tient ses promesses sur la plan marketing – il permet de drainer des visiteurs- , il ne les tient pas sur le plan financier. Aujourd’hui, il faut dégager des revenus, et les financiers sont devenus plus méfiants. »

D’autant que le reflux ne concerne pas seulement les prestataires techniques. L’information gratuite, elle aussi, est confrontée à de nombreux soubresauts. Ainsi, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec viennent de mettre la clef sous la porte du Web. Du « tout-gratuit » au « moitié-payant », jamais ils n’ont trouvé réellement la voie du succès économique, alors que le lectorat, lui, ne cesse d’augmenter.

Aux Etats-Unis, de très nombreuses compagnies spécialisées dans la fourniture de contenu connaissent de sérieuses difficultés. Y compris les plus renommées : le magazine en ligne Salon a dû récemment licencier 10 % de son personnel, CBS news on line s’est séparé d’une partie de son personnel, et APB News, consacré aux informations criminelles, a baissé pavillon.

Chaque fois, le constat est relativement simple : créer du contenu coûte cher, et il faut donc, en toute logique « vraiment le faire payer », estime Steven Brill, qui vient de lancer un site d’informations payantes (www.Cotenville.com). Si bien que la question du paiement de l’information sur le Net, un temps taboue, et confrontée, il est vrai, aussi à des problèmes techniques, n’est plus prohibée. Pas même de la part de ceux qui, à l’image des groupes de presse, disposent pourtant au préalable d’un fonds déjà amorti, la seule duplication électronique d’un contenu existant ne suffisant généralement plus. Et ce n’est pas seulement affaire d’équation économique.

« Un produit d’édition, assure ainsi Alain Cordier, président du directoire du Groupe Bayard Presse et auteur du rapport gouver nemental sur le livre électronique, est une création. Or l’idée de création suppose un paiement. L’acte d’achat authentifie la qualité de la création. » Pour Bayardweb, filiale Internet du groupe à parité avec Suez Lyonnaise des eaux, présenté le 8 septembre dernie et qui devrait ouvrir un portail d’accès à partir du premier semestre 2001, le choix s’est donc porté sur une formule d’abonnement. « Pour nous, le système d’abonnement est d’une vraie modernité, souligne Alain Cordier. Et, là encore, il authentifie une relation de confiance, de fidélité, de proximité entre l’auteur ou l’éditeur et le lecteur. »

L’édition, en somme, et pas seulement électronique, est d’abord une « affaire de culture, et pas uniquement de finances », comme l’aime à plaider Alain Cordier (lire « Le Monde interactif » du 12 janvier dernier). Ce que Philippe Blanchard, directeur de Digipresse, agence de presse en ligne, résume en ces mots : « Nous sommes passés du quantitatif au qualitatif. Et cela se paie »


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