Kyan Khojandi

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LA VIE APRES « BREF » – Tenter de faire front, puis finalement céder. Déposer les armes, laisser les images trop faciles effacer tout le reste. Sans résister, se résoudre à ouvrir quand même la boîte aux clichés. S’attendre à une entrevue forcément brève, menée au rythme soutenu d’une parole cadencée. Il faut dire qu’on ne connaît rien d’autre de lui, qu’on ne l’a jamais rien vu incarner d’autre que ce « je » un rien lunaire. Et de fait, comme le héros qu’il incarnait dans « Bref. », Kyan Khojandi a le verbe pressé, la proposition qui bouscule la précédente. Au mixage, bien penser à relever les fins de phrase. « Mais si je parle vite, c’est pour ne pas déranger ! », confie le jeune comédien de 30 ans. Pour le reste, on s’est trompé sur toute la ligne. Ce jour-là du moins, Kyan Khojandi a le temps de s’attarder dans un café de la place du marché Sainte-Catherine, à Paris. On ne joue pas à « Bref. ». On prend le temps qu’il faut pour s’apprivoiser.

A l’écran, on l’avait laissé dans un 82e et ultime épisode en juillet sur Canal+. On le retrouvera le lundi 10 décembre sur France 4, transformé, en Monsieur Loyal au Montreux Comedy Festival, en Suisse. Sur scène et en direct. L’occasion de le voir « dans des rôles un peu différents. Par exemple un numéro musical avec Bruno Muschio (coauteur et coréalisateur de « Bref. »), des chansons, pas que des sketches. Des surprises ». C’est que le jeune homme n’est pas virtuose qu’en ironie à coulisse, il a aussi fréquenté le conservatoire de musique, section violon alto.

Autour de lui, à Montreux, l’équipe de « Bref. », réunie sur scène pour la première fois. Tissée avant les succès, forgée dans les temps difficiles des petites salles vides et obscures, des étroits plateaux parisiens, l’amitié ici n’en paraît que plus solidement arrimée. L’omnipotent « je » de la série s’efface alors derrière la version collective du « on ». « On a fini la série en juillet. Ensuite, on s’est mis à la production du DVD sorti en octobre. Cela nous a pas mal occupés car on a essayé de faire un truc original, et pas simplement de coller 82 épisodes à la suite. On a voulu aller vraiment plus loin et on a mis six heures de bonus. » Avec Bruno Muschio et Harry Tordjman le producteur, « nous avons également fait un livre qui retrace toute l’aventure de la série. Mais là encore, on a essayé d’être original et de mettre plein de trucs nouveaux et surprenants pour en faire un livre stylé, ludique, intéressant. On ne s’est jamais dit qu’on allait mettre «Bref.» sur une boîte ou une couverture et qu’on allait le vendre. Ce n’est vraiment pas notre façon de voir les choses ».

LA RÉUSSITE EST VENUE ASSEZ VITE

Kyan Khojandi, né à Reims d’un père iranien et d’une mère française, est monté à Paris, comme d’autres, pour faire l’acteur. Il a connu les « colocs », le RSA, et les petits boulots pour payer les cours de comédie. Mais moins longtemps que d’autres : la réussite est venue assez vite frapper à sa porte. 

« A un moment, c’était quand même très chaud. J’avais abandonné mes études de droit pour devenir comédien. J’étais au RSA et je pense que mon père, qui m’aurait bien vu avocat, a dû se dire à ce moment-là que je n’avais pas fait le bon choix. »

La suite a donné raison au fils.Mais on imagine derrière les mots qui accélèrent encore un peu, la figure paternelle, marchand de tapis, immigré en France dans les années 1980, à la personnalité forte qui vous en impose. Pour communiquer, pour exister peut-être, pour se faire une place en tout cas entre père et frère aîné de quatre ans (Keyvan, le rôle du frère), il faut savoir parler vite et faire concis. Il faut savoir faire bref. Dans l’écriture simple et concentrée, derrière le voile pudique de l’humour, dans l’ironie grinçante, l’auteur a aussi dilué ses angoisses, éloigné ses peurs, pisté ses envies. Il y a mis beaucoup de lui-même. « Une année de «Bref.», c’est comme cinq ans de psychothérapie », précise-t-il.

Il en est sorti avec la sensation d’avoir « rangé » son bureau, « ici les succès, là les fêlures »« «Bref.», ça m’a posé, donné confiance, rendu zen. » Comme en cohérence avec lui-même en somme. Rapidement, la page tournée, il a eu envie de scène, mise entre parenthèses durant les dix mois de Canal+. Il est réapparu en première partie de Kheiron à L’Européen, et de Baptiste, des comiques de ses amis, vus aussi dans la série. Il a arpenté de petits plateaux « avec parfois vingt spectateurs seulement », pour de courtes apparitions. « Cinq ou dix minutes sur scène. Histoire d’écrire de nouvelles choses, de les tester, et si ça marche d’en faire peut-être un spectacle un jour. » En attendant, avec Bruno et Harry, il planche désormais sur le film inspiré de la série. Un vrai challenge en réalité. Essayer de faire un long-métrage avec du « Bref. ».

Olivier ZILBERTIN

 

 

COMÉDIEN

29 AOÛT 1982 NAISSANCE À REIMS (MARNE)

1988 INSCRIPTION À L’ÉCOLE DE MUSIQUE JACQUES-MURGIER, À REIMS. JOUE DU VIOLON ALTO DURANT QUINZE ANS

2004 ARRIVÉE À PARIS, INSCRIPTION AU COURS SIMON

2010 JOUE SUR DES SCÈNES À NEW YORK

29 AOÛT 2011 PREMIÈRE DIFFUSION DE « BREF. » SUR CANAL+

JUILLET 2012 FIN DE LA DIFFUSION DE « BREF. »

10 DÉCEMBRE PRÉSENTE LE MONTREUX COMEDY FESTIVAL SUR FRANCE 4

(article paru dans Le Monde daté du 10 décembre 2012)


In : Portraits

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