La grande parade de Brice Guyart

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Brice Guyart Champion olympique de fleuret(Article publié dans Le Monde du mercredi 18 aout 2004)

Le jeune Parisien, âgé de 23 ans, a réalisé un parcours exceptionnel. Pour décrocher le titre, le tireur du Paris Université Club a battu en finale le redoutable Italien Salvatore Sanzo par 15 touches à 13

C’est arrivé parce que Brice Guyart l’a voulu. Lundi 16 août, à Athènes, le premier rôle masculin du fleuret mondial est revenu à un Français. Le nouveau champion, c’est donc lui, Brice Guyart, jeune Parisien de 23 ans né à Suresnes (Hauts-de-Seine), formé au Vésinet (Yvelines), et portant le blason du Paris Université Club (PUC).

Cet étudiant ingénieur en électronique et informatique de l’Institut de sciences et technologie de Jussieu, à la longue silhouette d’échalas, a accroché l’or au bout de son fleuret. C’est arrivé parce qu’il l’a voulu, et parce qu’il s’est bien battu pour l’obtenir. Il est ainsi le huitième Français à ins- crire son nom en haut de l’affiche. Les deux derniers étaient Christian d’Oriola, en 1952 et 1956, et Philippe Omnès, l’actuel directeur technique national (DTN), en 1992. Autant le dire tout net : ce glorieux héritage est entre de bonnes mains.

Brice Guyart l’a voulu, et personne n’a pu l’en empêcher, sous la tôle ondulée de la halle d’escrime d’Helliniko. Certains se sont dressés sur son chemin ; il les a balayés, sans jamais douter de son destin doré. Quels que soient leur valeur, leur courage, leur talent, tous sont tombés, sans exception. L’Allemand Peter Joppich, champion du monde en titre, n’a pas fait illusion très longtemps, en quarts de finale. En 2003, à l’occasion des championnats du monde de La Havane, à Cuba, c’est pourtant lui qui avait barré la route du Français. Brice avait dû se contenter de la médaille de bronze, ce qui n’était pas à sa convenance. Il avait donc une sorte de revanche à prendre. « C’est une source de motivation supplémentaire, et c’est bien d’en avoir plusieurs », avait expliqué le Français.

Au tour suivant, l’escrime déconcertante de l’Italien Andrea Cassara, 20 ans seulement, a donné l’occasion d’assister à l’un des matches au sommet de ces Jeux olympiques. Un moment inoubliable. Il a surtout donné des sueurs froides aux supporteurs du bretteur tricolore.

Mené 12-7, puis 14-12, Brice Guyart est pourtant resté maître de ses nerfs, de son destin et de ses certitudes. Il est revenu à 14 touches partout. Et à inscrit la dernière, comme si, de toute façon, il ne pouvait pas en être autrement. « J’avais conservé assez de lucidité pour comprendre qu’il avait peur , expliquera-t-il. D’habitude il est confiant, sûr de lui, il sait ce qu’il doit faire. Là, il hésitait. Alors j’ai pensé «Toi, tu as peur de gagner, mon gars», et j’ai attaqué. »

Exit le jeune prodige transalpin. En finale, place à son aîné, Salvatore Sanzo. Plus expérimenté que Cassara, il n’est pas du genre à se laisser impressionner. Au contraire, il a plutôt tendance à en imposer, l’Italien champion du monde en 2001. Frayeurs, encore, dans le clan français, quand Brice se laisse décramponner en début de match. « Mais il était trop sûr de lui, explique le nouveau champion olympique. J’ai tout fait pour lui enlever cette confiance et cette certitude, c’est ce qui m’a permis de gagner. » Comme à la parade.

Chaque fois, Brice Guyart a su imposer son escrime moderne, rapide, incroyablement généreuse et variée, qui exige un engagement total. « Sauf si nécessaire, il ne fait jamais deux coups identiques de suite, souligne Christian Martin, le directeur des équipes de France, ancien entraîneur national du fleuret masculin. Il a une grande intelligence, et une grande qualité de déplacements. »

Observer, écouter, analyser : trois des qualités du champion olympique. « Il pratique une escrime moderne, pénétrante, mais en même temps une escrime limpide que l’on peut lire et comprendre même si l’on n’est pas escrimeur. C’est vraiment un exemple d’équilibre. C’est un garçon avec qui il n’y a jamais de problème », complète pour sa part Philippe Omnès.

« C’est un battant qui se transcende et se dépasse dans les grands moments, confie Loïc Attelly, son coéquipier, vice-champion du monde en 2001, et battu par Brice à Athènes. C’est un passionné qui sait se préparer. C’est pour cela, aussi, qu’il n’a peur de rien. Il est généreux sur la piste, et c’est une qualité que l’on retrouve aussi hors de la piste, il n’y a pas de mystère. Il est entier et vrai dans la vie. »

Les secrets de sa réussite, Brice Guyart les résume d’une citation de Malraux : « Pour vaincre, il faut avoir un moral de vainqueur. » CQFD. Ce moral, cette volonté hors du commun, Patrice Menon, l’entraîneur national, a été l’un des premiers à les déceler. « Quand je l’ai vu arriver, en 2000, raconte-t-il, je ne le connaissais pas très bien. Comme il n’avait pas encore disputé de Jeux olympiques ni de championnats du monde, je n’étais pas certain de l’aligner. Je lui ai donné la leçon. Pour le mettre immédiatement au courant de ce qui l’attendait, pour le mettre dans le bain, je lui ai marché dessus, je l’ai tordu, je l’ai poussé à bout. Et le gars a souffert, mais a tenu, il n’a pas bronché. Alors je l’ai aligné. » Bonne initiative, puisque l’équipe de France est devenue championne olympique et championne du monde dans la foulée. En 2001, le jeune Brice Guyart a également décroché la médaille de bronze mondiale en individuel.

Toutes les conquêtes lui semblent alors promises, mais une blessure au poignet, contractée dans un corps-à-corps, le contraint à une opération et à l’inactivité quelques mois. Il ne retrouve son niveau qu’en fin de saison 2003, pour les championnats du monde de Cuba. Et monte sur la troisième marche du podium.

Brice Guyart sera de nouveau en piste, samedi 21 août, pour l’épreuve par équipes, et c’est un exercice où son escrime fait des merveilles. Redresseur de situations désespérées, il s’est fait le spécialiste des remontées fantastiques.

A part ça, Brice Guyart, comme le dit son ami Erwan Le Pechoux, le troisième fleurettiste tricolore, est « un type normal ». Avant d’ajouter : « Sauf qu’il est bon en escrime. »


OLIVIER ZILBERTIN, à Athènes


In : Escrime, Sports

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