La Fédération des sports de glace est rattrapée par ses dettes

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Article paru dans Le Monde du 29 mars 2004

Olivier Zilbertin

DORTMUND (Allemagne), de notre envoyé spécial

Le livre s’appelle Bris de glace, les dessous du patinage. Il est signé Jean-Christophe Collin, journaliste à L’Equipe, et est sorti en librairie le 19 mars, le jour où une partie de la délégation française s’envolait à destination de Dortmund pour les championnats du monde de patinage artistique. Dans les couloirs de la Fédération française des sports de glace (FFSG), on dit que durant quelque temps Didier Gailhaguet, le président de la FFSG, eut la mine sombre et l’air soucieux à la perspective de cette publication.

Révéler « les dessous du patinage », c’est en tout cas jeter une lumière crue sur les pratiques interlopes d’un univers qui n’a jamais aimé cette forme de publicité. Depuis les Jeux olympiques de Salt Lake City de 2002, on sait mieux les accords entre juges, les pressions des dirigeants, les différentes intrigues et manipulations qui ont cours au bord des patinoires. Jean-Christophe Collin rassemble ce savoir, rappelle que cela ne date pas d’hier, et souligne que, sous l’ère de Didier Gailhaguet, la France est devenue « un cas d’école » pour comprendre les us et coutumes du patinage.

Tout cela est passionnant, le livre circule d’ailleurs dans la Westfallenhalle de Dortmund, mais guère plus compromettant que cela, au bout du compte. Pas même la reproduction des écoutes téléphoniques du FBI au moment de l’ « Icegate » de Salt Lake City. Le président de la fédération assure ne pas l’avoir eu le livre entre les mains. Parions cependant qu’il est arrivé rasséréné à Dortmund.

Pas pour longtemps. Car les soucis fédéraux sont très loin d’être terminés et la joie liée à la médaille d’argent de Brian Joubert risque fort d’être de courte durée.

On savait déjà la fédération en grandes difficultés financières ( Le Monde du 5 février), et dans l’incapacité probable d’assumer cette année les obligations liées à sa mise en redressement judiciaire. Ces informations avaient été démenties par le directeur administratif et financier, Bruno Calmels, lequel misait tout à la fois sur une réduction des lignes de dépense, et sur des recettes complémentaires, pour tenir le cap.

Or il semble que la situation soit nettement plus grave encore que l’on pouvait le croire en début d’année. C’est Marc Faujanet, le président du conseil fédéral, qui s’en inquiète dans une lettre adressée le 22 mars à Didier Gailhaguet et aux membres du comité exécutif : « II apparaît que les résultats 2003 seront sérieusement dégradés (…) », écrit-il. Et que ces résultats « ne sont pas conformes à la situation financière fédérale (…) présentée lors de la dernière réunion du conseil fédéral, le 24 janvier 2004. »

« Les chiffres évoqués dernièrement, poursuit Marc Faujanet, près de 900 000 euros de pertes sur l’exercice 2003, sont surprenants. Je vous rappelle que le budget 2003 prévoyait un excédent de 560 000 euros; alors que, lors du dernier conseil fédéral, vous nous avez préparés à une perte prévisionnelle de 581 000 euros »

IMMEUBLE ESTIMÉ À 3 MILLIONS

Interrogé à ce sujet à Dortmund, Didier Gailhaguet maintient que « la fédération n’a pas beaucoup d’argent », mais que « sa gestion est claire et transparente, et qu’elle pourra assumer ses obligations ». « Dans tous les cas, nous disposons d’actifs, ajoute le président de la FFSG. Le siège de la fédération estimé à plus de 3 millions d’euros. » Selon nos informations, la Fédération pourrait justement être amenée à mettre en vente son immeuble parisien. Didier Gailhaguet a récemment écrit au conseil général des Hauts-de-Seine afin de trouver des locaux dans ce département.

A ces difficultés financières pourraient venir s’ajouter prochainement de très sérieuses complications politiques. Début mars, le hockey a en effet décidé de sortir de « l’opposition feutrée », et de ne pas rester « sans réagir devant cette entreprise de démolition », selon les termes de l’AAHF, l’Association pour l’avenir du hockey français, née fin 2003 et qui compterait déjà 350 adhérents.

Un temps dans le magma fédéral, la création d’un directoire avait permis au hockey tricolore de prendre une partie de son destin en main, d’ébaucher une forme d’autonomie au sein de la FFSG, de remettre un peu d’ordre dans ses affaires. Une émancipation sûrement mal vue au sein des institutions dirigeantes, puisqu’elles y mirent rapidement un terme, lors d’une assemblée générale extraordinaire, le 4 octobre 2003.

Dans un courrier du 8 mars adressé « à tous les passionnés de hockey », l’AAHF dresse un tableau terrible de l’état du hockey tricolore aujourd’hui. « Opacité, coupe dans les budgets, suppression de stages, diminution des aides » : les griefs occupent 6 pages, qui témoignent de « la démobilisation générale » . Mais aussi d’une forte volonté de ne pas en rester là.

« La prochaine assemblée générale de Toulon (19 au 20 juin) devra être le début d’une réelle contestation », explique la missive. De quoi rameuter et faire bouger les contestataires, un peu dispersés, du patinage artistique. L’enjeu, désormais, pour l’opposition, est simple : obtenir un vote de défiance lors de la prochaine assemblée générale de juin prochain, et convoquer dans la foulée une AG extraordinaire


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