Bilan et avenir olympique pour l’escrime (1)

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Fin des épreuves d’escrime. Vous avez été quelques uns à m’interroger, à me demander mon avis sur l’évolution de l’escrime. N’oubliez pas que vous pouvez également laisser vos questions, vos remarques, vos avis en commentaire. Je vous y répondrai tout aussi facilement. Mais de cette manière, en plus, cela permettra à tous les internautes qui se connectent sur le blog de vous lire et surtout de pouvoir réagir ou répondre à vos interrogations s’ils sont intéressés par le sujet.

L’escrime a-t-elle connu une véritable révolution ? La réponse est « oui ». Au cours de ces vingt dernières années l’escrime s’est transformée comme jamais elle ne s’était transformée auparavant. On peut même dire que ce sont des changements au moins aussi importants que le passage à l’électricité (1936 pour l’épée ; 1950 pour le fleuret). Une fois qu’on a dit cela, il faut cependant aller plus loin et se demander sérieusement si ces changements ont été bénéfiques ou non pour l’escrime. Les révolutions comme les réformes peuvent être bonnes ou mauvaises, jamais elles ne se suffisent à elles-mêmes.

  • Des réformes purement cosmétiques.

Il faut donc constater que beaucoup des réformes de l’escrime ont été avant tout « cosmétiques ». L’escrime n’a pas plus besoin intrasèquement du masque transparent pour être l’escrime, que le judo du kimono bleu pour rester judo. La plupart de ces réformes ont été réclamées par la télévision, principale source de revenus du Comité International Olympique. Globalement, ces changements ont donc plus concernés la forme que le fond, l’image de l’escrime plutôt que l’escrime elle-même.

 

  • Sous le masque métallique on ne voit pas couler les larmes.

C’est important, l’image. La télévision veut montrer de l’émotion et des larmes. Sous le masque en métal on ne voyait pas couler les larmes. Mais dans tous les cas, on pourra dire que si cela ne fait pas du bien à l’escrime, cela ne lui fait pas de mal non plus. Attention quand même à ne pas devenir un sport à deux vitesses : des masques transparents, du matériel sans fil, des tenues haute sécurité pour l’élite ; des vieux grillages, des fils à la patte, des courts-circuits et des tenues moins résistantes pour les autres.

Il y a eu aussi des réformes qui ont touché plus la nature du sport lui-même. Par exemple : le temps d’escrime au fleuret, qui pour le coup n’apporte pas une once de compréhension supplémentaire au néophyte, et l’interdiction de croiser les jambes au sabre, que je trouve personnellement ridicule – à Pékin, il fallait voir par exemple Julien Pillet sauter à cloche-pied, en une danse grotesque ! Il y a sûrement une explication là-dessous, et si c’était là encore pour satisfaire finalement quelque besoin télévisuel, cela ne m’étonnerait qu’à moitié.

 

  • Un danger dénoncé par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel

Bref, dans tous les cas, il existe un réel danger pour les sports à répondre avec zèle aux desideratas de la télévision. Mais beaucoup de sports n’ont pas le choix, puisque la télé est le principal bailleur de fond, et n’hésitent pas du coup à profondément modifier leurs règles, leurs traditions, leur esprit. Un vrai danger, souligné par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (le CSA). Je l’ai écrit dans une enquête pour le supplément télé du Monde (on peut lire l’intégralité de l’article, intitulé « Des sports en quête d’images », ici) en octobre 2006 qui faisait le point sur l’influence de la télé sur le sport :

Mais il y a d’autres changements qui touchent plus à l’essence même du sport, et qui ne sont pas toujours adoptés de plein gré par les sportifs eux-mêmes. « Les relations de plus en plus étroites qu’entretiennent le sport et la télévision suscitent (…) des inquiétudes, notait d’ailleurs le CSA en mars 2000. Perte d’autonomie ou de liberté de l’un des partenaires en raison de la position de force de l’autre ; influence sur les règles et sur l’esprit du jeu. » 

  • S’adapter, ou disparaître du programme olympique

C’était l’objet d’une autre enquête effectuée pour le Monde (que l’on peut lire ici) à l’occasion des Jeux Olympiques d’Athènes, il y a quatre ans, en août 2004. En vérité, ces « petits » sports n’ont pas trop le choix. Et le CIO leur met plus que jamais la pression :

Au CIO, une commission, dite « du programme olympique », est chargée depuis 2002 de revoir et d’analyser le programme des sports. La disparition ou l’admission d’un sport doit être entérinée par les deux tiers au moins des membres du CIO.Il y a quelques années déjà que le programme subit un régulier lifting. Le phénomène devrait se poursuivre. L’idée est de « définir une procédure de révision systématique du programme », selon le CIO. La commission exécutive, réunie à Athènes juste avant l’ouverture des JO, a ainsi validé le 11 août une liste de 33 critères qui seront utilisés pour évaluer les programmes des Jeux à venir. Ils tiennent compte de l’histoire du sport, du nombre de pays affiliés à la fédération internationale, de son impact sur l’environnement, de sa conformité avec les règles antidopage, notamment. Ils visent également à évaluer le potentiel médiatique, les revenus de droits télé qu’il peut générer, sa capacité à trouver des financements privés extérieurs au CIO »Autrement dit, le programme olympique peut désormais être révisé très régulièrement, et un sport pour être sûr d’y demeurer doit essentiellement augmenter sans cesse son « potentiel médiatique », démontrer qu’il peut « générer des revenus de droits télé » (dont un part va dans la poche du CIO) et surtout ne pas demander le moindre sou au même CIO. Alors si il faut pour cela porter kimono bleu ou masque transparent…

  • Alors, où va l’escrime ?

René Roch, le président de la Fédération internationale (FIE) s’est montré optimiste à l’issue des épreuves olympiques de Pékin. L’escrime ne serait plus dans le collimateur du CIO, qui serait même disposé à entendre et recevoir quelques doléances. Ainsi par exemple du remplaçant, interdit de podium et de village olympique. Règlement absurde : on peut donc être champion olympique après avoir été interdit au village durant tous les Jeux ? Oui ! Et pour l’image si importante : au sabre comme à l’épée on a vu monter sur le podium une équipe de France composée de trois tireurs, entourée chaque fois d’équipes de quatre. Là encore, c’est absurde et incompréhensible. Et que dire de l’absence du fIeuret masculin et de l’épée féminine par équipes, ou de la désignation par tirage au sort des deux épreuves qui seront sacrifiées à chaque fois ? Petite explication de texte : le CIO a aussi réclamé à la plupart des sports un devoir de parité. Une épreuve masculine doit désormais avoir son équivalent au féminin. Depuis Athènes, l’escrime a donc dû inclure à son programme le sabre féminin, individuel et par équipe. Une arme qui n’était jusque là pratiquée que par les hommes. Mais par contre, le CIO n’a attribué aucune médaille de plus ni un nombre supérieur de participants. Résultat, l’escrime doit se passer tous les quatre ans, à tour de rôle, de deux épreuves par équipes, une chez les garçons, une chez les filles. Là encore, pour la compréhension et la clarté de l’escrime on aurait pu faire mieux….Bref, l’image que renvoie aujourd’hui l’escrime n’est sûrement pas aussi lisse et parfaite que l’on veut bien laisser l’entendre en dépit des concessions que ce sport a consenti aux exigences de la télé et du CIO. Avant son départ pour Pékin René Roch semblait en tout cas nourrir quelques inquiétudes pour l’avenir, si l’on en croit l’éditorial qu’il a signé dans la revue Escrime Internationale N°63. Extraits :«Le Comité International Olympique a traîné les pieds devant notre évolution. Pourtant, par ailleurs, nous avons modernisé notre équipement (masque transparent, appareil sans fil). Peut-être pas toujours assez rapidement mais, malgré tout, nos escrimeurs ont montré beaucoup de bonne volonté.Est-il alors normal que nous nous heurtions à des difficultés quasi-insurmontables pour obtenirdeux médailles de plus aux Jeux Olympiques afin que toutes nos armes soient représentées à l’individuelet par équipes alors que d’autres disciplines semblables à la nôtre, et n’ayant pas un passéolympique, les ont reçues en 2006 ? (…) Devons-nous être punis d’avoir fait preuve d’esprit Olympique ?(…) C’est pourquoi, en toute objectivité, il n’est plus compréhensible que nous ne soyons pas représentésde la même manière dans toutes nos disciplines.Nous souhaitons montrer l’exemple d’un sport propre mais, de grâce, ne nous pénalisez pas de ce fait… »


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